Le critique d'art italien A. Riomaggiore sur le travail de M. Knoblauch

Texte bientôt publié à l'occasion de la parution du catalogue "Michelle Knoblauch, Œuvres récentes" en septembre 2017.

" Explorant depuis de nombreuses années toutes les formes possible, on peut rapprocher l’œuvre de Michelle Knoblauch du mouvement de l’art constructif.
La base de son travail a toujours été, et reste, sans heurts : des lignes, des bandes, des superpositions abstraites, faites de fils, de grilles.
Dans les années 80 et 90, c’est d’abord un travail fait de simples grilles de couleurs différentes découpées en rectangles, ou carrés, se superposant sur des fonds colorés qui fondent son premier répertoire formel.
Ces grilles, telles des trames perlées, attirent l’attention par leur extrême fragilité visuelle, le spectateur ne pouvant souvent discerner si l’objet existe réellement ou si il est simplement tracé, dessiné, peint. L’équilibre sensible ainsi obtenu entre l’objet ou la suggestion visuelle de l’objet, combine la force de la ligne avec un minimum de gestes, concis, réfléchis, mis en oeuvre pour créer un impact visuel poétique.
Ces grillesne sont pas toujours le résultat de quelque chose qui s’ajoute, mais aussi de quelque chose qui se soustrait, tels des silences. Comme absorbant les fragments, ces élégantes abstractions font toujours état d’un terrain expérimental.
En s’engageant dans l’univers de l’abstraction géométrique, Michelle Knoblauch n’a de cesse d’en interroger les codes et les pratiques. Cette radicalité conduite de façon expérimentale, porte sur la forme, sa transformation, son déplacement, son enfouissement, sa disparition, comme une réflexion théorique sur les moyens de la création et les mécanismes de la vision.
À la recherche d’une méthodologie créative autre, elle va ensuite inventer il y a une dizaine d’années de nouvelles installations faites à partir de fils parsemés de perles répandus dans l’espace à intervalles réguliers, développant ainsi de nouvelles procédures de glissements, la série des « Araignées ».
Semblables à des peintures spatiales,  ou sculpturales ces installationsfont éclater les genres, créant son propre espace structurel à l’intérieur de la galerie .
Ces recherches autour de la vision optique et de la perception spatiale, s’élaborent au moyen d’un discours très simple et très précis. Ces araignées de fils perlés se construisent à partir de modules se répétant à l’infini, en créant un rythme visuel en apparence régulier dans lequel Michelle Knoblauch introduit des accidents. Ces allitérationsgénérant ainsi une nouvelle harmonie permettant alors de créer surprise et émotion, chez le spectateur, lequel doit accepter de s’y laisser dériver. Chaque fil perlé devient l’incarnation individuelle d’une écriture, silencieuse et libre. On est comme aspiré par l’installation pour se perdre dans le chaos des éléments.
La série précédente des grilles, motif récurrent de l’œuvre de Michelle Knoblauch, est ici amenée à des proportions monumentales, L’espace offrant alors une expérience immersive qui met à l’épreuve notre perception. L’installation brouillant les limites entre peinture et sculpture .L’espace tridimensionnel est donc devenu une composante incontournable dans l’œuvre de Michelle Knoblauch. Les environnements géométriques qu’elle crée défient la perception spatiale, pour mieux en révéler l’illusion.
De cette œuvre commencée il y a longtemps , nait un véritable vocabulaire, un nouvel alphabet de la forme et de la couleur.

Rome, juillet 2017